Notre Eglise du XIe-XIXe siècle

 C'est le monument qui de loin annonce le village. Le clocher émerge au-dessus des toits des masures permettant au son des cloches de transpercer l'air pour parvenir à l'oreille de chaque paroissien. Point de repère dans le paysage, l'église jouait un rôle central encore plus affirmé qu'aujourd'hui : on y baptise, on s'y marie, on s'y réunissait lors des processions, des actions de grâce, des fêtes paysannes et bien sûr lors des messes dominicales. Sur le portail principal, les procès verbaux étaient affichés afin que leur teneur soit connu de tous.

 Le plan-terrier de 1746 nous livre une représentation schématique de l'édifice Saint-Aubin d'Avremesnil : trois nefs parallèles apparemment composées de quatre travées, le vaisseau central recevant en son milieu un clocher pointu. Un chœur en retrait long de deux travées prolonge le bâtiment. Cette image ne correspond pas du tout à l'église actuelle : on retrouve bien un clocher mais il se situe sur le pignon ouest, le corps de l'édifice se compose d'un haut vaisseau flanqué de bas-côtés et terminé par un chœur à pan brisé.

 Comment expliquer cet aspect si différent entre le XVIIIe siècle et aujourd'hui alors que l'on sait que l'église conserve un clocher du XIe siècle ? Le dessin du plan-terrier est-il fantaisiste ? Le recours à des documents contemporains paraît particulièrement adapté pour saisir l'état plus ancien de Saint-Aubin-d'Avremesnil.

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L'église en 1863
L'église en 1863

 Vers 21 h, le 24 août 1864, la foudre s'abat sur l'église. La charpente du clocher s'embrase et s'écrase à l'intérieur de l'édifice. Le feu se répand, s'attaque aux autels, à la chaire et aux bancs . Au matin, l'ensemble se trouve à l'état de ruine fumante. Le clocher décapité de sa flèche et dépourvu de sa tourelle latérale subsiste même si les flammes ont léché sa base. Le chœur est encore debout mais très endommagé. Le reste de l'église se trouve à l'état de décombres .

 Une reconstruction rapide s'impose pour permettre la poursuite du culte. Le curé d'Avremesnil se sert un temps du chœur pour les offices mais l'architecte venu constater les dégâts lui déconseille de continuer vu la dangerosité des murs. Une grange accueille les paroissiens pendant que la municipalité réfléchit à la remise en état de l'édifice.

 C'est justement grâce au dossier de reconstruction conservé dans le fond communal des archives départementales que l'on peut deviner l'apparence de Saint-Aubin-d'Avremesnil avant l'incendie. " L'ancienne église déjà rebâtie tout en grès au XVIe siècle possédait trois nefs séparées l'une de l'autre par des arcades à plein cintre retombant sur des colonnes aussi en grès mais la nef principale était obstruée presque complètement par la base du clocher " .

 Le conseil municipal ne souhaite pas reconstruire à l'identique et entend profiter de la catastrophe pour résoudre le problème du clocher. En effet, son important soubassement placé au milieu du vaisseau central empêchait un tiers des fidèles de voir le culte. L'autel et la chaire à prêcher étaient cachés à leurs yeux, ils entendaient mal les paroles du prêtre. En solution, faut-il abattre le clocher ou le déplacer ? Le conseil municipal n'est pas favorable à sa destruction "à cause de son originalité et de son architecture bien caractérisée du XIe siècle" .

 La tour romane est finalement conservée au prix du déplacement de la nouvelle église vers l'est de manière à ce que l'entrée dans le sanctuaire se fasse désormais en passant sous le clocher qui formera la façade occidentale.

 Nous avons maintenant l'explication des différences entre la vue actuelle du monument et sa représentation sur le plan terrier. Le dessin du plan-terrier, malgré son schématisme, semble correspondre à la réalité du temps : on y reconnaît les trois nefs et le clocher étrangement placé au milieu du vaisseau central.

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L'église L'église L'église

 La conservation du clocher a posé beaucoup de problèmes car son maintien entraînait un coût supplémentaire pour la commune. Alors que le projet de reconstruction de l'église est déjà établi, le maire M. de la Pierre se plaint au préfet en août 1865 que les travaux n'ont pas commencé. L'archevêque de Rouen et l'abbé Cochet (un célèbre archéologue) sont venus voir les ruines. De la Pierre rapporte que le premier " a paru s'étonner que le clocher fût un obstacle à ce que l'église restât sur les vieilles fondations, et que pour sa conservation, la commune fut entraînée dans une dépense de 20 000 F peut-être, qu'elle économiserait s'il était permis de le faire disparaître […] Ces paroles ont ravivé dans l'esprit des paroissiens impatients de voir commencer les travaux de leur église, le désir de voir disparaître ce clocher auquel leur ignorance de l'art n'attache aucune importance ". Cette lettre du maire est intéressante car elle montre que les habitants ne voulaient pas tous garder le vieux clocher.

 De la Pierre a compris que sa conservation dépend de la rapidité avec laquelle les travaux commenceront. En avril 1866, le chantier de reconstruction est en cours. Les travaux se terminent en 1868. Coût financier : environ 65 000 francs dont 36 500 payés par les assurances, 7000 par le ministère, 6 000 par le préfet, le reste couvert par un emprunt communal.

 La présence du clocher explique l'installation d'un portail d'entrée pseudo-roman. Il fallait un style qui aille avec le clocher. Les architectes diocésains voulaient que le clocher soit surmonté d'une flèche en pierre mais la fragilité de la vieille tour annulèrent cette idée.

 L'entrepreneur était Mr Armand Paon d'Avremesnil et l'architecte Mr Dupont de Dieppe.

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L'église L'église

 Les documents et les écrits du XIXe siècle permettent de pousser plus loin l'investigation et de préciser l'histoire du phare du village. Nous venons de le lire, l'église détruite par l'incendie remonte au XVIe siècle (en dehors du clocher). L'abbé Cochet qui l'a visité avant la catastrophe précise la datation grâce à une inscription gravée sur des arcades cintrées de l'intérieur de la nef : " l'an mil cinq cens et huit, Anne de Béthune, qui m'a fait refaire, en Paradis soit " .

 Nous ne savons pas qui est cette dame, peut-être s'agit-il de la vicomtesse de Blosseville dont le mari possédait à l'époque une partie d'Avremesnil. En tout cas, l'époque de la reconstruction ne surprend pas : de nombreuses églises voisines sont en chantier au XVIe siècle : Bourg-Dun, Pleine-Sève, Blosseville, Saint-Aubin-sur-Mer, Saint-Martin-de-Veulles…

 Ce mouvement ne semble pas lié aux ravages de la guerre de Cent Ans car nous nous situons plus d'un demi-siècle après la fin du conflit. Dans quelques cas, il faut y voir un moyen de faire face à l'accroissement du nombre de paroissiens. A Saint-Aubin-sur-Mer, on accole une nouvelle nef à l'ancienne datant du XIIe siècle. A Avremesnil, l'adoption du parti à trois nefs, courant à l'époque, a peut-être pour origine la même raison démographique. Plus généralement, le retour de la prospérité semble encouragé les chantiers de construction.

 Vers 1514, les paroissiens entreprennent l'édification de la grande et magnifique chapelle Saint-Jean-Baptiste sur le côté du chœur . C'est donc un agrandissement qui n'est pas nécessaire et qui relève plus de la foi et du prestige.

 La caractéristique de tous ces bâtiments reconstruits au XVIe siècle est de comporter des maçonneries de grès. Cette pierre solide, formée de grains de sable fin, se retrouve par exemple sur Saint-Aubin-d'Avremesnil. Issu des formations tertiaires, elle se rencontre en lambeaux dans le sol du nord-est du pays de Caux. De nombreuses carrières se situent dans la région, en atteste les toponymes le Vide-Grès sur la commune du Bourg-Dun et Malleville-les-Grès.

 A deux kilomètres du centre d'Avremesnil, on a extrait ce matériau ainsi que sur le rivage . Bonne pierre de taille, les Dieppois s'en servent dès 1368 pour le renforcement de leur forteresse mais il semble que ce ne soit qu'au XVIe siècle que le grès se généralise dans la construction. Les édifices religieux, les châteaux, les remparts, les soubassements de chaumières, les croix de calvaires en comportent systématique dans cette région du Pays de Caux. Ce matériau devient à la mode.

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L'église L'église

 Les historiens de l'art et les archéologues du XIXe siècle ne s'attardent pas sur la description de l'église construite au XVIe siècle. Seul le clocher faut l'objet de remarques tandis que le reste " ne mérite pas attention " .

 C'est finalement une ancienne lithographie qui nous donne la meilleure vision du monument avant l'incendie de 1864 . Saint-Aubin apparaît plus complexe que le schéma du plan-terrier le montre : le clocher comportait un étage supplémentaire probablement en charpente. Le chœur, long de trois travées, forme un volume clairement individualisé par rapport aux trois nefs. Sa haute toiture à pan coupé rend l'ensemble du bâtiment élégant.

 Le style doit appartenir au gothique flamboyant. La date de construction, 1508, paraît trop précoce pour imaginer une église " Renaissance ". Si cela avait été le cas, des auteurs comme Louis Vitet et l'abbé Cochet n'auraient pas manqué de l'indiquer au lieu de dire que l'édifice du XVIe siècle ne méritait pas que l'on s'y attarde.

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L'église L'église

 L'image de l'église à l'époque moderne étant fixée, il nous faut maintenant s'interroger sur l'église médiévale. Pour cette période ancienne, les renseignements se réduisent comme peau de chagrin en dehors du clocher que l'on peut toujours admirer. La tour appartient indéniablement à l'époque romane, précisément à la seconde moitié du XIe siècle.

 Une succession d'arcatures aveugles en plein cintre décore l'étage inférieur en se recoupant. Au-dessus, le maître d'œuvre a percé sur chaque face une baie géminée dont l'archivolte est aussi semi-circulaire.

 Des modillons figurant des têtes aux traits grossiers soulignent la corniche supérieure. La tourelle d'escalier flanquant le clocher a été monté après l'incendie de 1864 mais la lithographie déjà évoquée montre que sa construction se conforme à un état antérieur. En dehors du rez-de-chaussée reparementé en grès aux XVIe et XIXe siècles, la tour romane se compose de tuf. Cette pierre calcaire se trouve en abondance, à faible profondeur dans les vallées et connaît une intense utilisation aux XIe-XIIe siècles.

 Les parties de la même époque sur les églises voisines sont effectivement bâties avec le même matériau (les clochers d'Hermanville et du Gourel, les éléments les plus anciens de l'église Notre-Dame du Bourg-Dun ).

 Issu du calcaire d'eau douce, le tuf se rencontre à l'état spongieux dans le sol mais durcit rapidement à l'air. Son grain grossier se prêtre mal à la sculpture. Sa porosité entraîne une dégradation rapide. Ces défauts expliquent certainement son abandon et son remplacement au XIIIe siècle par le calcaire d'eau de mer des couches du jurassique et du crétacé.

 Il reste toutefois difficile de situer ce clocher par rapport au reste du bâtiment médiéval. Nous savons que l'architecte du XVIe siècle a essayé tant bien que mal de l'intégrer dans la nouvelle église flamboyante. Mais avant où se trouvait ce clocher ? Correspondait-il à une tour de croisée ou jouait-il comme aujourd'hui le rôle de tour-porche ? Nous pouvons simplement imaginer que les murs de l'église romane ne montait pas haut afin que les toitures ne cachent pas les arcatures du niveau inférieur du clocher.

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L'église L'église

 En résumé, l'église saint-Aubin-d'Avremesnil s'est construite en trois étapes : le premier édifice en pierre remonte au XIe siècle caractérisé par sa maçonnerie en tuf. L'ensemble est détruit en 1508 sauf la tour romane. L'architecte emploie du grès pour la nouvelle église équipée de trois nefs. L'incendie de 1864 contraint à une refonte quasi-totale du monument.

 On remarque que Saint-Aubin-d'Avremesnil respecte l'histoire générale des édifices religieux : les XVIe et XIXe siècles sont très souvent des temps de reconstruction ou d'agrandissement. Nous ne pouvons pas conclure sans s'étonner de la pérennité du clocher roman qui en dépit des transformations de l'église veille toujours sur le village. Les habitants, conscients de la beauté de la tour, ont fait en sorte qu'elle reste le décor familier de leur vie quotidienne. Mis à part les éléments naturels, le clocher d'Avremesnil est sûrement l'un des composants les plus anciens du paysage de la commune.

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Tableau


Implantation Protestante

 Le Christianisme apparut vers 1520. Des moines d' Ouville l'abbaye ont été les premiers à propager les premières idées apparentes à la Réforme. Citons Du coudray -moine fervent-, puis Jean Venable (1555) -disciple de John Cloks-, sous les ordres de Calvin, propagèrent les principes de la Réforme. Les protes tants sont restés parce que subsistait un gouverneur -lieutenant au baillage- M. Deradiolles, qui avait de bonnes relations sur la Réforme et usait de son in fluence sur les persécutions.

 Venant d'Angleterre, John Cloks lui-même, vint en Normandie et organisa en Eglise Décidante les églises de certaines localités. Il y avait beaucoup de protestants à Luneray et ici, une diminution importante s'est faite sentir chez nous mais nos voisins sont restés fidèles à leur temple et fervents à leurs idées.

 Il y avait peu d'implantation étrangère car l'on ne pouvait rentrer ou sortir facilement du royaume. Beaucoup furent arrêtés pour tentatives diverses et, condamnés aux galères avec confiscation de leurs biens. - "Un homme condamné aux galères fût arrêté le 17 Sep tembre 1686 et libéré le 7 Mars 1714, soient vingt sept ans".

 Les églises persécutées se regroupèrent vers 1745.


La tempête de 1990

 Le jeudi 25 janvier 1990, vers 13 heures, le clocher commençait sérieusement à bouger par de fortes rafales de vent et donnait des inquiétudes au voisinage. De plus en plus, les rafales se succédaient, et loin de se calmer, redoublaient d'intensité, le clocher garni d'un échafaudage de haut en bas pour les travaux commencés, s'ébranlait, et tout ceci dura une bonne heure. Que faire ? rien, malheureusement.

 Il était environ 14 h 15, selon les témoins, quand le clocher se souleva pour venir s'écraser à une bonne trentaine de mètres plus bas, sur les tombes du cimetière, dans un fracas épouvantable. En face, les voisins, qui avaient assisté au spectacle, prirent peur et abandonnèrent leurs habitations, quelques minutes avant la chute.

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Les ruines du Clocher L'église privée de son Clocher

 A terre, il fallait voir l'énorme tas de poutres de chêne, de sapin et de planches cassées, avec au dessous, la vieille horloge écrasée.

 Et le coq ? (tout en cuivre), il a eut de la chance. Comme on aurait pu le croire il ne s'est pas envolé. Perché à quelque 37 mètres de hauteur, il avait été déposé auparavant par l'entreprise de couverture, dans un but de rénovation.

 Dans la tour découverte, il restait au grand jour, la cloche, et d'énormes morceaux de bois dont le beffroi. Cette cloche, d'une tonne cinq cents kilos, avait été fondue par les Cartenet, père et fils, de Gueutteville-les-Grès. Bénite le 29 juillet 1865, elle fut alors baptisée "Marie Hortense", et resta pendant deux ans suspendue sur des étais dans le cimetière,

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La reconstruction du Clocher La mise en place du Clocher
La mise en place du Clocher La mise en place du Clocher

 Le 28 Octobre 1992, la tour restaurée a reçu son clocher, un cadeau du ciel devant une très nombreuse assistance.

 La croix de ce clocher surmonté du coq tout neuf, était bénite lors de la messe, le dimanche 25 octobre, par l'abbé Auvray.

 Le mercredi suivant, le 28. ce fut le grand jour : la mise en place du clocher sur le haut de la tour, avec une puissante grue de 200 tonnes, à flèche télescopique qui pouvait se déployer jusqu'à 55 mètres de hauteur.

 Le dimanche 13 décembre, en l'église d'Avremesnil, au cours de la célébration du Jubilé Sacerdotal de M. l'abbé Auvray, seront baptisées les trois nouvelles cloches, Marthe, Lucie et Marie-Julienne.


Merci à Madame DELAPIERRE de nous avoir fourni les travaux réalisés par son beau-frère en 1969
et à Laurent RIDEL, étudiant en DEA d'histoire en 2002
Cartes postales collections Bertout, Besnard et Marchand

Retrouvez l'histoire de notre église dans la revue Connaissance de Dieppe
Connaissance de Dieppe
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